Marine Le Pen (Front National)

 

La température : Irrespirable

 

 

 

Une vieille femme sur-liftée affublée d'une cape rouge marquée d'une croix latine se présente devant le 20 rue du Colonel Pierre Avia, point de rassemblement du Front National. « Vous avez votre carton d'invitation ? » interroge un vigile aryen au sourire carnassier. « Non ? Vous ne pouvez pas rentrer alors, la soirée est réservée aux élus et aux invités. » Derrière cet anachronisme vivant, c'est un bal triste de clowns fascistes qui franchit les grilles. Des vieux en costume qui puent la vieille France, des jeunes sur-maquillées en tailleur – talons aiguilles, des mecs qui fument des cigares, des mecs qui fument la pipe et un monsieur avec une plume et un chapeau tyrolien.

 

Les premières estimations se répandent, un élu du FN ayant passé la date de péremption jubile. « Vous savez à combien elle est Marine ? A 20%, elle est à 20%. Mais vous ne pouvez pas rentrer, il faut être invité. » Le canal officiel bouché, il faut donc feinter. Quatre jeunes attendent en fumant des clopes et promettent de nous faire passer. « Bruno Gollnisch va nous envoyer quelqu'un », lance fièrement le plus jeune de la troupe. Un clin d'oeil du videur et c'est en effet parti pour la mission embedded avec des militants FN triés sur le volet, qui garantit de ne pas se faire servir le discours frontiste réservé aux journalistes et de pouvoir écouter les langues se délier, mais qui implique aussi de porter un bracelet vert fluo « Marine le Pen 2012 », de se faire éplingler un pin's lumineux clignotant et de se sentir soudain sale, très sale.

 

A l'intérieur, il y a beaucoup trop de sourires et de satisfaction sur les visages pour se sentir tout à fait à l'aise. Un air de victoire flotte dans les rangs, Jean-Marie distille les interviews, champagne dans une main, Jeannine dans l'autre, tandis que des hordes d'anorexiques, de siliconées et de jeunes couples bientôt familles nombreuses applaudissent à chaque passage d'un élu frontiste sur l'écran géant de la salle Equinoxe. Difficile de rester debout, seul au milieu de cette foule de drapeaux bleu-blanc-rouge, avec toujours ce foutu pin's qui clignote, une télé allemande qui nous demande pourquoi on a voté Le Pen, et des mecs qui se bidonnent aux vannes moisies de Jean-Marie. « Le Méluchon repart avec son slip rouge sur la tête. »

 

Dehors, les masques tombent. Le FN normalisé, recentré ? « L'Islam est à nos portes, il faut agir pour ne pas se faire engloutir par ce tsunami », postillone tout en nuance une militante quinquagénaire. La foule, elle, s'inquiète du retour des rouges. « Les cocos vont passer et on l'aura tous dans le derrière. Hollande, c'est le chaos. » « C'est peut-être mieux comme ça, corrige un jeune frontiste. De toute façon, j'ai un AK-47 dans ma chambre. Et je vais m'en servir ». Pourquoi pas ce soir ?

 

La citation qui résume la campagne : « Je vais monter une boîte de rasoirs et de ciseaux pour couper des couilles. » (Militant anonyme)

 

Le moment où tout a failli basculer : Après le premier laissez-passer du videur, un deuxième contrôle est mis en place à l'entrée de la salle. Sans carton d'invitation, il faut montrer patte blanche. Après une ou deux questions préliminaires, le responsable de la sécurité s'en prend à nos habits. La fermeture du blouson tombe, puis celle du sweat. « Je n'ai pas de bombe vous savez. » « C'est pour voir si la tenue est en accord [sic]. S'il n'y a pas de truc gênant. » Un dernier coup d'oeil sous le T-shirt pour la route, et le Ground passe finalement les portes du FN.

 

Par Pierre Boisson

 



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