Top 10 : les meilleurs reportages de 2012

 

 

Aussi étrange que cela puisse paraître, il n’y a pas que nous qui publions de bons reportages de société sur le web. Comme l’an dernier, nous allons donc partager avec vous les articles, webdocs, vidéos, sons, bruits et autres coups de canons qui nous ont mis des claques en 2012. Le plus beau boum dans notre coeur a été provoqué en pleine campagne présidentielle américaine, lorsque le New York Times est allé se perdre dans une bourgade de l'Ohio pour raconter les Etats-Unis d'aujourd'hui avec un luxe de détails impressionnant. Nous profitons aussi de cet espace pour élargir le débat.

 

<<< Top 10 : les meilleurs reportages de 2012 (2 à 10)

 

1) At the Corner of Hope and Worry (New York Times / Dan Barry)

 

 

Au croisement entre l’espoir et l’inquiétude. C’est le titre de cette merveille. C’est aussi là où vous trouverez Elyria, Ohio, ses habitants et son « Donna’s Diner ». Autour de ce petit snack provincial, les personnages et les lieux sont mis en place avec finesse. Il y a « le juge, un client régulier (poulet grillé, fromage blanc, fruit) », il y a « la mairie, où le nouveau maire (sandwich bacon-laitue-tomate-œuf sur le plat avec une salade) se confronte aux défis d’une ville américaine post-industrielle et hantée par la récession ». Une ville, donc, entre l’espoir et l’inquiétude. L’espoir, parce qu’après la pluie ne peut venir que le beau temps, celui que la bourgade connaissait avant tout ça, quand « à l’été, il y avait toujours des fleurs fraîches sur la table », quand « le dessert était un pudding, ou un cocktail de fruits ». L’inquiétude, parce qu’après la pluie pourrait venir le déluge final. « - Est-ce qu’elle va bien ? demande un client dans un jour difficile, - Ma mère ? demande Kristy, la serveuse, - Oui, répond le client, - Non. » Emballé c’est pesé. Sorti en pleine campagne présidentielle américaine, ce reportage du New York Times fait ressortir toutes les angoisses et toutes les attentes d’une ville qui pourrait être n’importe quel autre patelin d’un Etat du centre. A aucun moment on ne sait pour qui voteront les protagonistes de cette histoire. A l’arrivée, l’Ohio a  donné une courte majorité à Barack Obama, mais ça n’a pas d’importance. Pour Donna, ce qui importe, c’est que des clients viennent de pousser la porte de son Diner.

 

Au croisement entre l’espoir et l’inquiétude, vous trouverez aussi les médias, la presse, le journalisme, le reportage. Si ce n’était pas le cas, la meilleure pièce que nous aurions lue cette année sur la toile n’aurait pas été publiée dans un journal créé en 1851. Elle aurait été accueillie par un jeune site web ambitieux, prêt à tout pour révolutionner la profession et éclater la fourmilière au lance-roquettes. Au lieu de ça, regardez un peu où nous avons pioché notre top 10 : New York Times, El Pais, Lemonde.fr, Arte, France Culture, Rolling Stone, etc. Déprimant, non ? Oui, mais croyez-nous, si on avait eu des tables plus fraîches à vous proposer, on n’aurait pas sorti la cuisine traditionnelle. On vous a mis du Rue 89, remarquez. Pas que l’on soit toujours des fanatiques de ce qu’ils font, mais l’idée de constater que le Huffington Post est en train de les faire couler nous pousse à penser que décidément, le GPS de l’information nous a envoyé sur la mauvaise route.

 

Dans ce top 10 que nous vous proposons, il y a tout de même un motif d’espoir pour contrebalancer l’inquiétude. Il s’appelle Anfibia. La revue latino-américaine en ligne, créée cette année, a déjà envoyé un jeu extraordinaire à la face du monde avec des tonnes de papiers plus prenants les uns que les autres. Mais regardons la triste vérité en face : tout Gabriel Garcia Marquez qu’il est, le mécène de ce site (à travers sa Fondation pour un nouveau journalisme latinoaméricain) a 85 ans. Quatre-vingt cinq putain d’années ! Dites les jeunes, si on vous emmerde, vous le dites. Déjà que c’est Stéphane Hessel, un mec presque liquide, qui vous explique qu’il faut vous indigner, vous attendez quoi ? La retraite à 90 ans ?

 

Il est temps d’arrêter de croire que Twitter permet aux journalistes de s’ouvrir sur le monde. Il est temps d’envoyer chier ceux qui organisent des colloques 100% Powerpoint pour vous expliquer le journalisme de demain avec des tableaux Excel blindés de statistiques à la con. Il est temps de comprendre qu’une révolution, ça se fait dans la rue, pas dans les salons d’un Novotel. C’est la crise, ok. Vous êtes pigistes, vous êtes précaires, les loyers augmentent, et alors ? Au contraire. Puisque vous êtes condamnés à bouffer des pâtes, autant ne pas perdre son temps à cracher de la dépêche. Il est temps de sortir, de regarder la vie dans les yeux, de se marrer un peu et d’inventer autre chose. On n’a pas la tune, ayons au moins les idées et la liberté.

 

Et bonne année.

 

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