Top 10 : les meilleurs reportages de 2012 (2 à 4)

 

 

Aussi étrange que cela puisse paraître, il n’y a pas que nous qui publions de bons reportages de société sur le web. Comme l’an dernier, nous allons donc partager avec vous les articles, webdocs, vidéos, sons, bruits et autres coups de canons qui nous ont mis des claques en 2012. Alors que l'on se rapproche de l'oeuvre #1 de l'année, parlons un peu de gang guatemaltèque, de casino ruiné en une nuit, et de shérif.

 

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4) The Long, Lawless Ride of Sheriff Joe Arpaio (Rolling Stones / Joe Hagan)

Version française : Joe Arpaio, le shérif de le peur

 

Peter Yang pour Rolling Stones

Joe Arpaio est une enflure. Il est raciste, corrompu et, pire, shérif dans l'Arizona. Son CV d'ordure est long comme le flingue calibre 50 qu'il porte à la ceinture: créateur de Tent City, prison ignoble où près de 2000 détenus vivent en plein désert sous des bâches de toile, organisateur de raids nocturnes pour rafler les immigrants illégaux, interlocuteur préféré des icônes du Tea Party, etc, etc.

Alors quand Rolling Stones, ce « magazine de fumeurs de joints » selon les propres mots du shérif, va à la rencontre de Joe, on s'attend nécessairement à un lynchage en règle. Sauf que Rolling Stones n'est ni un « média citoyen » révolté par toutes les saloperies de la terre ni une bande de gauchos indignés, c'est un magazine mortel. Le portrait du vieux facho devient alors celui, autrement plus passionnant, d'une Amérique où le shérif n'est pas le seul vestige du Far West, où des citoyens s'organisent en milice pour aller flinguer les latinos qui tentent de passer la frontière et où Joe Arpaio est un héros.

 

3) Alma, une enfant de la violence (Arte / Mique Dewever-Plana et Isabelle Fougère)

 

 

Il est toujours plus confortable d’imaginer en monstres sanguinaires ceux qui commettent des actes « inhumains ». Ils ne sont pas dans la norme, ceux qui « génocident », qui massacrent, qui brulent, qui pillent, qui violent, ils ont forcément un neurone débranché, voire le diable dans la tête. Voilà qui nous rassure sur notre propre condition. Sauf que la réalité peut parfois brûler les yeux. On le sait depuis, entre autres, « Des hommes ordinaires », le bouquin de Chris Browning racontant par le menu l’histoire du 101e bataillon de réserve de la police allemande, une troupe de pieds nickelés absolument pas fanatiques du régime nazi qui ont buté 38000 juifs d’une balle dans la tête en Pologne, alors que leurs supérieurs leur avaient donné le choix de participer ou non à la solution finale. « Alma, une enfant de la violence » participe du même processus. On y découvre une jeune fille comme les autres, beau visage, pas vraiment marquée si l’on oublie les tatouages. Une jeune fille qui, pendant 40 minutes, raconte ses cinq ans passés dans le gang le plus violent du Guatemala, en regardant la caméra (donc vous) dans les yeux. Comme après le bouquin de Browning, on en ressort avec une douleur viscérale et une bonne tripotée de questions qui se résument en une seule : qu’aurais-je fait à sa place ? Si vous avez la chance de ne pas avoir à vous poser la question, prenez ça comme un cadeau de nouvelle année. Sinon, vous pouvez toujours approfondir le sujet en regardant El Sicario, Room 164, un incroyable documentaire de 2010 recueillant l’histoire de l’assassin professionnel des cartels mexicains.

 

 

2) The Man Who Broke Atlatic City (The Atlantic / Marc Bowden)

 

Wilk pour The Atlantic

 

Écrire un reportage serait parfois plus aisé caméra au poing. Retranscrire l'ambiance d'un moment, l'attitude d'un personnage, les lumières ou les sons d'un lieu, le tout avec des mots et rien d'autre : le défi a de quoi vous faire poireauter quelques heures devant la barre clignotante de votre logiciel de traitement de texte avant de frapper la moindre touche. Pire, vous êtes sur Internet et pour éviter que le lecteur n'ait envoyé 12 mails, 4 statuts facebook et 122 tweets avant la fin de votre article, il va falloir balancer du jeu et plonger le lecteur au cœur de l'action. Sans explosions ni effets spéciaux.

L'histoire publiée par The Atlantic commence dans un casino, devant une table de black jack. Don Johnson porte un sweat à capuche noir d'Oregon State et vient de recevoir deux cartes 8 de la main du croupier. Le joueur s'apprête à faire sauter la banque à lui tout seul : en quelques heures il va rafler près de 6 millions de dollars au casino.

Derrière son clavier, Marc Bowden distribue les 21. En à peine sept pages, le journaliste de The Atlantic réussit à nous plonger au cœur de ce blitz au Tropicana, multipliant les détails et variant les angles de caméra pour raconter ce qu'il s'est passé au cours de cette nuit d'avril. Don Johnson n'a pas compté les cartes. Il n'était aidé d'aucun complice. Il n'est ni autiste ni mathématicien fou. L'histoire de cette nuit au Tropicana se joue là où le Ground aime traîner son cuir : dans les coulisses. Car derrière les gros billets, Marc Bowden dresse en toile de fond le panorama d'une société en crise où les casinos - ultimes symboles du rêve américain de prospérité, mis à genoux par la crise économique - doivent à leur tour miser gros en accordant des faveurs aux joueurs qui claquent des millions de dollars en jetons. Don Johnson s'est infiltré dans la brèche et y a glissé de la dynamite. Le reste appartient à Marc Bowden.

 

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