Alber : « On me dit que mes personnages ressemblent à Chirac »

 

A 26 ans, Alber pratique le graf depuis bientôt dix ans et recouvrira bientôt le M.U.R. de la rue Oberkampf, à Paris, où il posera ses personnages parfaitement ciselés. Evoquer sa carrière, c’est plonger dans un tour de France des endroits où l’on ne pensait pas tomber sur une scène de street-art. De Tourcoing à Bordeaux, de Nantes à Vendôme, dans le Loir-et-Cher.

 

Comment as-tu découvert le graffiti ?

Mon pseudo c’est Alber, qui est le prénom de mon grand-père décédé. J’ai 26 ans, je fais du graffiti depuis un peu moins de dix ans. Je suis né à Tourcoing, j’ai vécu dix ans là-bas. J’étais déjà beaucoup porté sur le hip hop et le rap. Après j’ai déménagé dans le Loir-et-Cher. C’est un mec de Paris, au collège, qui est arrivé dans ma classe et m’a ramené un Radikal. Dedans il y avait deux ou trois pages sur le graf. C’était un mec qui connaissait déjà des types des NWS, et des gros vandales sur Paris en fait. C’est avec lui que j’ai monté mon premier crew, qui s’appelait le 3CX : Trois Chacals Expérimentés. J’avais douze ans, hein…

 

Et quand est-ce que c’est devenu plus sérieux ?

J’ai pu m’y intéresser encore plus quand la ville où j’habitais, Vendôme (environ 17 000 habitants, ndlr), a organisé des ateliers graffiti. Grâce à ça j’ai pu commencer à pratiquer la bombe, ce qui n’était pas possible avant parce que j’étais gamin et que ça coute cher.

J’ai fait beaucoup de lettrage, je posais mon nom dans les rues. Mais au bout d’un moment ça tournait un peu en rond, j’arrivais pas à me démarquer. Alors j’ai commencé à faire beaucoup de personnages. J’ai été inspiré, entre autres, par la personne qui m’a énormément appris, M. Plume, un graffeur qui expose beaucoup et qui vient de Tours.

 

Tu habites toujours dans le coin ?

Non, j’ai vécu deux ans à paris, où je travaillais en tant que graphiste freelance. A un moment donné j’avais plus de taf donc j’ai bougé, maintenant je travaille à Cdiscount à Bordeaux. Le graffiti n’est pas mon métier, je suis graphiste. C’est une passion avant tout. J’arrive de temps en temps à récupérer de l’argent par-ci, par-là, mais c’est pas ça qui me fait vivre tous les mois. Je n’ai jamais eu la possibilité d’en vivre sereinement.

 

Il y a une scène hip-hop à Bordeaux ?

Ouais, les Fils du Béton, des mecs un peu hip-hop conscient, mais c’est sûr qu’il n’y a pas grand monde. A l’époque il y avait les Kroniker, avec D’Oz, par exemple, mais les mecs sont sur Clichy maintenant. Il y avait Grems aussi.

 

Et pour le graf ?

J’ai pu rencontrer pas mal de personnes mais la scène est assez petite comparée à d’autres villes comme Nantes, ou Lyon. A côté, il y a des associations, qui font pas mal de décoration, mais il n’y a pas énormément de crews.

 

Tu opposes Bordeaux à Nantes ou Lyon. Tu vois une différence entre les villes de gauche et celles de droite ?

Ouais, ouais… Il y a deux semaines, j’ai travaillé avec un ami sur Nantes, qui a une association de graffiti, « Plus de couleurs ». Il m’a demandé d’intervenir pour faire la décoration du centre commercial Beaulieu, c’est la Ville qui débloque de l’argent pour ça. La ville propose aussi beaucoup de murs pour les graffeurs en centre-ville ou à l‘extérieur, ça fait une grosse différence avec Bordeaux.

 

Tu graffes encore beaucoup dans les rues ?

Pas plus tard que ce week-end, avec deux potes, on est allé se prendre un mur en pleine rue, en couleur. J’appelle ça du wall-jacking. Bon là on sait que le mur sera bientôt démoli mais c’est quand même dans la rue en plein carrefour.

 

C’est une pratique qui reste illégale, pourtant on peut trouver ton 06 sur internet, c’est pas un peu paradoxal ?

Pour moi il n’y a rien de vandale. J’amène de la couleur. Si j’ai affaire à la police pour avoir fait un beau personnage en couleur, je n’aurai pas de regret à l’avoir fait. Après je fais d’autres choses à côté, mais je change de nom, je change de crew, etc. Il y a une face cachée (rire).

 

Tu aimes mettre beaucoup de choses dans les regards et les expressions de tes personnages. Les visages des candidats à la présidentielle t’ont inspiré un peu ?

Je ne fais pas de caricatures, mais je me surprends souvent, après avoir fait un dessin, à retrouver le regard, ou le nez d’une personne que j’ai pu remarquer une heure avant. Je regarde beaucoup le visage des gens et je m’inspire pas mal des visages de personnages. Des fois sans le vouloir. On me dit souvent que mes personnages ressemblent à Chirac. Sarkozy a une gueule particulière par exemple, Mélenchon aussi. Hollande par contre est assez classique.

 

Propos recueillis par Thomas Pitrel.



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