Des monstres fragiles

 

Ils ressemblent peut-être à des types capables de soulever votre maison d’une main, mais lors du 17e championnat annuel de body building à Amman, ces culturistes ont prouvé qu’ils étaient aussi humains. Surnommé « le tournoi des martyrs de Gaza », la compétition réunissait des hommes venant de dix-sept pays arabes qui, coincés dans leurs petits speedos, ont contractés leurs cœurs devant le public. Reportage photo emprunté aux amis de Mashallah.

 

Par Tanya Habjouqa, à Amman (Jordanie)

 

 

En 2009, le 17e championnat arabe de body building s’est déroulé dans un modeste hangar du Sports City d’Amman. La compétition était ouverte à onze catégories différentes de poids, deux pour les « jeunes » et neuf pour les « hommes ». Après le premier tour, six finalistes dans chaque catégorie ont eu le droit de concourir le jour suivant.

 

 

 

La phase de préparation est simple : après s’être faufilés dans des maillots de bain colorés, tous agrémentés d’un nombre, les hommes se font tartiner la peau d’une couche de crème bronzante par un coéquipier ou un entraineur. Le processus prend entre 15 et 25 minutes et, après s’être frottés avec leurs paumes pour bien répartir la crème, le plus pâle Syrien comme le plus mat Saoudien partagent maintenant la même teinte de bronze passé.

 

 

 

Une fois peinturlurés, certains des concurrents se font une petite session de pompes, d’autres s’emparent d’haltères rouillées qui trainent pour faire quelques exercices avant d’entrer en scène. Chaque équipe se prépare dans un coin des coulisses, derrière le hall principal. Ici, les conversations sont réduites à la portion congrue, et les sourires encore plus rares.

 

 

L’Irakien Ahmad Abu Hawa s’évanouit au milieu des backstage. Entraineurs et participants s’agglutinent autour d’Ahmad, inconscient, et demandent au public de lui donner de l’air ou des chips salés. Les membres de l’équipe du culturiste catégorie 75 kilos attribuent sa chute à une baisse soudaine de tension artérielle.

 

 

La pression a été trop forte pour l’Egyptien Mahmoud Fadali, médaillé d’argent au championnat du monde 2007 de la Fédération internationale de body building et de fitness. Il réagit à sa troisième place en s’enfuyant de la scène, tombant à plat ventre et pleurant.

 


 

Texte et Photo : TH

Tanya Habjouqa est une photojournaliste née en Jordanie. Elle a commencé sa carrière au Texas en documentant les communautés d’immigrés mexicains et la pauvreté urbaine, avant de retourner au Moyen-Orient où elle a couvert les communautés LGBT à Jérusalem, l’addiction à l’héroïne sous l’occupation en Palestine et les travailleuses étrangères maltraitées en Jordanie.



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